Lettre de l’ASDHOM au 10ème congrès national de l’AMDH qui se tient du 19 au 21 avril 2013 à Bouznika

19/04/2013 20:00au21/04/2013 23:00

Paris, le 15 avril 2013

Madame la Présidente,

CherEs congressistes,

Votre invitation à assister au dixième congrès national de l’AMDH nous honore et nous vous en remercions. Ce congrès qui se tient sous le mot d’ordre « Lutte continue et unitaire pour une constitution démocratique consacrant la suprématie des valeurs des droits humains universels » revêt une importance capitale pour votre association.

L’ASDHOM partage avec vous l’esprit et l’objectif de ce congrès car elle considère, comme vous, que le Maroc n’a malheureusement pas encore choisi la voie de l’Etat de droit. L’adoption par les textes constitutionnels actuels du standard universel en matière de respect des droits de l’Homme n’est que poudre aux yeux. Dans la réalité, les violations de droits continuent à sévir au Maroc tout comme les lois internes continuent à primer sur le droit international. Les prisons marocaines continuent à accueillir des citoyens innocents à qui on a fabriqué des procès qui relèvent du droit commun. C’est l’arme qu’ont trouvée les autorités marocaines pour faire condamner les défenseurs des droits de l’Homme, les manifestants du mouvement 20-Février ou de l’ANDCM à travers tout le pays, les militants de l’UNEM, les mineurs et leurs représentants syndicaux à Ouarzazate, les paysans de Chlihat, les citoyens qui protestent contre la hausse des prix et des factures comme à Marrakech, à Bouarfa ou à Béni Bouayach. À cela s’ajoutent ceux qui tombent sous le coup de la loi dite « antiterroriste » comme le groupe Belliraj ou qui sont condamnés pour leur opinion relative au conflit au Sahara comme le groupe de Gdeim Izik.

Les accusations sont souvent fallacieuses et les victimes passent dans la plupart des cas par la case enlèvement et torture pour leur extorquer les aveux avant d’être présentées au tribunal.

C’est pour cette raison que l’ASDHOM, tout en partageant avec l’AMDH et d’autres associations de défense des droits de l’Homme au Maroc l’objectif de la lutte pour la libération de ces victimes, a lancée en novembre dernier une campagne de solidarité concrète avec elles et qui consiste en leur parrainage.

Nous avons recensé au jour d’aujourd’hui 210 victimes de violation de droits que nous proposons au parrainage par l’écriture et la correspondance. Nous pensons que c’est là un moyen de sensibiliser l’opinion à leur combat, de les conforter dans leur lutte légitime et d’interpeller également l’Etat marocain sur leur sort.

Mme la Présidente,

CherEs congressistes,

L’ASDHOM participe en France aux activités de la Semaine Internationale de soutien aux prisonniers politiques dans le monde qui s’étale du 14 au 21 avril 2013. Elle se rend, entre autres, le 17 avril à Strasbourg pour participer à la conférence-débat organisée par le Parlement européen à l’occasion de cette journée internationale consacrée au prisonnier politique. Elle entend profiter de l’occasion pour saisir les parlementaires européens afin qu’ils puissent interpeller le Maroc sur la situation carcérale de ses prisonniers politiques et d’opinion et notamment ceux qui sont en grève de la faim à Taza, Meknès, Fès, Tiznit, etc.

Cette semaine se clôturera par un rassemblement à Paris le 20 avril et auquel prendra part l’ASDHOM pour rendre hommage à tous ces prisonniers politiques, victimes à travers le monde de violations de droits.

C’est pour cette raison que nous ne pouvons malheureusement assister à votre 10ème congrès national. Nous sommes certains que celui-ci prendra les résolutions qu’il faut pour aller de l’avant dans l’unité souhaitée sur la voie de la réalisation de nos objectifs communs, à savoir, l’édification d’un véritable Etat de droit au Maroc.

C’est en tout cas notre détermination. Notre collaboration doit rester forte en dépit de la regrettable décision de créer une autre association au niveau de Paris. Décision que nous n’avons pas partagée et nous regrettons qu’elle ait pu fragiliser nos relations bilatérales tissées au fil des années. Nous renforcer mutuellement aurait été plus judicieux pour consolider ces liens historiques et ce patrimoine militant commun à tous les défenseurs des droits humains.

Nous vous demandons de nous excuser et nous souhaitons plein succès aux travaux de votre congrès.

Pour le bureau exécutif

Ayad Ahram

Président de l’ASDHOM


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