Point hebdomadaire n° 24 sur la campagne de parrainage des prisonniers politiques au Maroc

Il ne se passe pas une semaine au Maroc sans que les tribunaux ne prononcent des verdicts injustes à l’encontre de militant-e-s ayant participé pacifiquement à tel ou tel rassemblement de protestation. Après les condamnations des militant-e-s de l’Union Nationale des Étudiants du Maroc (UNEM) prononcées par le tribunal de Fès, c’est au tour du tribunal de Tiznit de prononcer deux condamnations à l’encontre des deux jeunes frères Lambidae d’Ifni. C’est à cela, entre autres, que sera consacré ce point hebdomadaire.

Groupe Ifni-Prison Tiznit (nouveau) : Vendredi 17 mai 2013, les deux frères Karim et Youssef Lambidae ont été condamnés par le tribunal de première instance de Tiznit à 8 mois de prison ferme et une amende de 1000 dirhams chacun. Karim (18 ans) et Youssef, membre de l’AMDH et du mouvement 20-Février, ont été arrêtés à Ifni les 2 et 6 mai après avoir participé aux protestations qu’a connues la ville fin avril. On leur reproche la participation à un « rassemblement armé, à la désobéissance, aux jets de pierres et offense contre les forces de l’ordre et au blocage de la voie publique ». Les familles et les militant-e-s ont exprimé leur solidarité avec eux en organisant des rassemblements devant le commissariat d’Ifni et en assistant massivement au procès malgré les intimidations des forces de l’ordre qui ont bloqué l’accès.

L’ASDHOM leur attribuera deux fiches dans le cadre de sa campagne de parrainage. Nous lançons ainsi un appel aux parrains et marraines pour se solidariser avec eux en les parrainant par l’envoi de lettres. Vous trouverez la procédure à suivre sur la rubrique « Campagne de parrainage » dédiée à cet effet.

Groupe UNEM-Fès : Le campus universitaire de Dhar Elmahraz à Fès a connu un mouvement de protestation conduit depuis le 15 avril 2013 par les militant-e-s de l’UNEM pour réclamer l’amélioration des conditions d’étude et la libération de leurs camarades, prisonniers politiques, en grève de la faim depuis le 26 mars. Rappelons que ce groupe de 4 militants a été libéré le 30 avril après avoir purgé leur peine d’emprisonnement de six mois (voir nos points précédents sur www.asdhom.org). Une vingtaine de militants dont deux femmes se sont retrouvé-e-s à leur tour devant le tribunal de première instance de Fès pour être jugés après les affrontements avec les forces de l’ordre dont les interventions étaient violentes. Une série de procès qui a commencé le 27 avril 2013 a vu condamner ces étudiant-e-s par petits groupes à des peines d’emprisonnement. Le premier groupe composé de Sabah Asmae, Aïcha Al-bouche, Achraf Sekkouri et Rachid Aghzar a écopé de 3 mois de prison ferme chacun. Le deuxième groupe a quant à lui été condamné le 18 mai à 2 mois de prison ferme (Mohamed Boughlem, Abdelkrim Rabhi et Mourad Boubker). Le quatrième du groupe (Youssef Bouarfa) a écopé d’un mois de prison ferme. Il a été libéré à la fin du procès. Le troisième groupe composé de Mohamed Hammouch, Hamid Moumen, Abdelouahed Mourabit et Mohamed Elharras a comparu le 8 mai et a vu son procès reporter au 22 mai. Le lendemain, 9 mai, c’était au tour d’un autre groupe (Yassine Tirid et Anas Bachiri) de comparer devant le juge. Les autres militants arrêtés (Chafik Salah Eddine, Moussa Sammouni, Mimoun Benziza, Abdelhaq Bouti, Jaber Rouijel, Omar Taybi, Oussama Zantar et Abdennabi Chaoul) attendent toujours en prison leur procès. Sur les 22 prévenus, seul un (Youssef Bouarfa) a pu quitter la prison après sa condamnation. Mohamed Réda Darkaoui, un autre militant de l’UNEM, les a rejoints le 18 mai après avoir passé deux jours au commissariat. Les 22 militant-e-s ont tous affirmé avoir subi des violences lors des interrogatoires. Leur défense a dénoncé des procès politiques. Pour elle, les autorités marocaines leur reprochent leur appartenance syndicale.

Dans un communiqué daté du 12 mai, les 22 détenu-e-s politiques d’Ain Kadous dénoncent leurs conditions d’arrestation et de détention et décident d’entamer une grève de la faim de dix jours (du 12 au 22 mai), de refuser les visites durant cette période et de porter des brassards rouges lors des audiences au tribunal.

L’ASDHOM qui les propose bien évidemment au parrainage demande aux autorités marocaines d’accéder à leurs revendications qui se résument à la libération immédiate, la tenue de procès équitables et dans les meilleurs délais, l’accès aux soins, la séparation des prisonniers de droit commun, etc.

Groupe UNEM-Meknès : Les cinq prisonniers politiques (Soufiane Sghéri, Mohamed Eloualki, Hassan Ahmouch, Hassan Koukou et Mounir Ait Khafou), incarcérés à la prison Toulal 2 de Meknès ont pu arracher, le 16 mai, une première victoire après 66 jours de grève de la faim. L’administration vient de les séparer des prisonniers de droit commun, de leur permettre des visites libres et de leur procurer les soins nécessaires. Il faut rappeler que leur état de santé s’est sérieusement détérioré depuis le début de la grève de la faim entamée le 11 mars 2013. Ils ont décidé de poursuivre leur action tout en réclamant un procès équitable dans les brefs délais.

 

 

Sur ce sujet des grèves de la faim dans les prisons marocaines, le député-maire communiste français, Alain Bocquet, a interpellé son ministre des Affaires Etrangères, Laurent Fabius, pour qu’il intervienne auprès de ses homologues marocains et attirer leur attention sur l’état de la santé des grévistes de la faim (voir rubrique Témoignages et lettres).

Groupe Sahraouis-prison de Laâyoune (nouveau) : Six Sahraouis dont un mineur de 17 ans (Hussein Bah, Mohamed Garmit, Mohamed Ali Saïdi, Youssef Bouzid, Abdelaziz Hramech et Yassine Sidati) ont été arrêtés le 9 mai 2013 à Laâyoune au Sahara après les manifestations qu’a connues la ville après la décision du 25 avril du Conseil de Sécurité de l’ONU concernant le mandat de la MINURSO. Les communiqués publiés par les associations de défense des droits de l’Homme (AMDH et Amnesty International) font état de tortures et violences subies par les personnes arrêtés et notamment par le mineur Hussein Bah qui avait été arrêté et relâché quelques jours avant. Déférés devant un juge d’instruction à la Cour d’appel de Laâyoune, ils ont été accusés de « violences à l’égard de fonctionnaires » et de « participation à un rassemblement armé » ainsi que « la dégradation de biens publics ». La violence que dégagent les vidéos qui circulent et qui relatent les interventions des forces de l’ordre marocaines laisse craindre le pire pour ces six prévenus dont cinq ont été placés en détention provisoire à la prison Lakhal de Laâyoune. Le mineur a, quant à lui, été libéré sous caution. Amnesty International lance une action urgente en leur faveur. Vous trouverez son communiqué sur le sujet à la rubrique Témoignages et lettres.

Groupe Mineurs-Ouarzazate : Le syndicaliste Hamid Majdi (voir nos points précédents), secrétaire-adjoint de la CDT d’Ouarzazate et membre du PSU, accusé de « possession de drogue », sera fixé sur sont sort le 22 mai 2013. Sa défense dénonce un procès monté de toutes pièces pour lui faire payer son engagement auprès des mineurs qui protestent contre les pratiques antisociales et l’exploitation qui leur est faite par la société SMI (du groupe MANAGEN qui exploite les mines de la région d’Ouarzazate).

Pour clore ce point hebdomadaire, nous signalons la grève de la faim que mène Mahjoub Tobji depuis le mardi 14 mai au Parvis des droits de l’Homme de Trocadéro à Paris. Ce commandant retraité de l’armée marocaine, installé en France, ne perçoit plus sa pension de retraite depuis novembre 2012 en dépit de ses courriers et attestations de vie adressés au bureau des retraites à Rabat. Il reste persuadé que l’administration marocaine lui fait payer son audace d’avoir publié son livre « Les officiers de sa majesté » qui s’attaque au trafic d’influence et autres abus de pouvoirs et corruption qui sévissent au sein de l’armée marocaine et surtout sa participation en octobre dernier à un sit-in face au château de Betz du roi du Maroc.

L’ASDHOM qui a été saisie de son dossier s’est rendue au près de lui le week-end dernier pour s’enquérir de son état de santé et pour lui apporter son soutien. Elle interpellera l’Ambassade marocaine à Paris pour qu’elle intervienne rapidement et faire en sorte que le droit de Mahjoub Tobji à sa pension de retraite soit rétabli.

 

 

Pour le bureau exécutif

Ayad Ahram

Président de l’ASDHOM

Paris, le 20 mai 2013


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