Point hebdomadaire n° 28 sur la campagne de parrainage des prisonniers politiques au Maroc

Ce point hebdomadaire est largement consacré aux cinq militants de l’Union Nationale des Étudiants du Maroc (UNEM), arrêtés en décembre 2012 à Meknès et détenus sans jugement à la prison locale Toulal 2. Hassan Koukou, Soufiane Sghéri, Mounir Aït Khafou, Hassan Ahmouch et Mohamed Eloualki, sont en grève de la faim depuis le 11 mars, soit 100 jours, pour réclamer leur libération ou du moins la tenue d’un procès équitable dans les meilleurs délais et l’amélioration de leurs conditions de détention. Après quelques acquis arrachés à l’administration pénitentiaire (voir nos point précédents) et constatant le recul de celle-ci sur ses promesses, les cinq jeunes détenus politiques ont entamé, en plus de leur grève de la faim, une grève de la soif à partir du mercredi 12 juin 2013. Leur santé s’est sérieusement détériorée et les séquelles sur leurs corps, fragilisés par la grève de la faim et les mauvaises conditions de détention, commencent à apparaitre inévitablement.

L’ASDHOM a déjà alerté sur cette grave situation à travers ses points hebdomadaires. Elle met l’accent aujourd’hui sur l’urgence d’agir auprès des autorités marocaines pour éviter qu’un drame humain ne survienne d’un jour à l’autre.

Le parrain de ces grévistes de la faim, le citoyen français Gilles DELOUSTAL, a répondu à notre cri d’alarme en interpellant les autorités marocaines et son ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Voici quelques extraits de ses lettres envoyées le 14 juin au ministre de la Justice, au ministre de l’Intérieur, au président du CNDH et à l’ambassadeur du Maroc en France :

À la prison Toulal 2 de Meknès, Hassan Koukou, Soufiane Sghéri, Mounir Aït Khafou, Mohamed Eloualki et Hassan Ahmouch, tous militants de l’UNEM sont en grève de la faim depuis le 11 mars 2013. Ils entament leur troisième mois dans des conditions de santé déplorables. Perte de poids, vomissements, évanouissements, tension anormale, hémorragies sont le lot quotidien de ces militants de l’Union Nationale des Etudiants du Maroc, arrêtés en décembre 2012 et incarcérés depuis, sans jugement.

 

…. Cette situation les a conduits à poursuivre leur grève de la faim tout en refusant de s’alimenter en eau et en sucre… Transférés d’urgence le 2 juin à l’hôpital Mohamed V de Meknès, Hassan Koukou et Soufiane Sghéri ont subi des mauvais traitements pendant 5 jours…

 

Je vous demande de les libérer rapidement pour réparer l’injustice qui les a frappés, les juger équitablement et les traiter conformément aux conventions internationales que le Maroc a signées en matière de respect des droits de l’Homme avant qu’il ne soit trop tard.

 

Je vous prie de croire, Messieurs, en ma considération. »

En plus des autorités marocaines, Gilles DELOUSTAL, n’a pas hésité à interpeller le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, et également le député de sa circonscription. Voilà ce qu’il leur a écrit :

« Le député de l’Isère Francois Brottes m’a dit avoir appris auprès de votre ministère que M. Abdessamad AL HAYDOUR et M. Tarik AL HAMANI (détenus à Taza) ont suspendu leur grève de la faim après avoir reçu des garanties pour l’amélioration de leurs conditions de détention, que à Fès, l’intervention du CRDH auprès de l’administration pénitentiaire a également permis la libération provisoire de trois étudiants accusés d’atteinte à l’ordre public et que aucun cas de grève de la faim n’a été recensé à Tanger. Malheureusement, les cinq détenus de la prison de Toulal à Meknès risquent de succomber d’un instant à l’autre.

La France affirme son attachement au plein respect des droits de l’Homme partout dans le monde. Aussi, vue la qualité des relations qu’elle a su entretenir avec le Maroc, je pense que votre ministère ne peut rester muet face a ces comportements inhumains et qu’il doit exiger leur libération et des traitements conformes aux conventions internationales que le Maroc a signées en matière de respect des droits de l’Homme.

Je vous prie de croire, Monsieur, en ma considération. »

Et pour informer ses filleuls des démarches qu’il a entreprises en leur faveur, Gilles DELOUSTAL leur a adressé un courrier dans lequel il réaffirme son soutien et sa solidarité. Vous trouverez l’intégralité de ses lettres sur la rubrique « Témoignages et Lettres » du site de l’ASDHOM.

Toujours dans le cadre du soutien aux grévistes de la faim, nous apprenons que le bureau local de l’AMDH d’El-Jadida a décidé d’observer le dimanche 16 juin un sit-in accompagné d’une grève de la faim pour alerter les autorités marocaines sur le danger qui guète les grévistes de Meknès.

Tout en se félicitant de cette action citoyenne et solidaire, l’ASDHOM continue à appeler d’autres parrains et marraines à faire pareil. C’est malheureusement le seul moyen dont nous disposons pour faire pression sur l’État marocain en vue de l’amener à honorer ses engagements en termes de respect des droits humains. C’est l’un des objectifs que nous nous sommes fixés en lançant cette campagne de parrainage des prisonniers politiques et syndicaux au Maroc.

Si la gravité de la situation à la prison Toulal 2 de Meknès nous oblige à mettre l’accent sur ces grévistes de la faim, nous n’oublions pas pour autant les autres groupes de prisonniers politiques qui se battent tout autant pour leur libération. D’autres victimes de la répression viennent malheureusement allonger la liste des détenus politiques et syndicaux que l’ASDHOM a proposée au parrainage :

 

 

-À Al-Hoceima, au nord du Maroc, trois nouvelles arrestations accompagnées de violences lors de l’intervention des forces de l’ordre sont à déplorer dans les rangs de l’Association Nationale des Diplômés Chômeurs au Maroc (ANDCM) qui avait manifesté pacifiquement le 12 juin 2013 pour réclamer des emplois. Il s’agit de Jawad Zahrioui, de Mohamed El-Hankari et de Jawad Sabiri.

 

-À Midelt, dans l’Atlas oriental non loin de Meknès, le citoyen-journaliste Mohamed Attaoui, militant environnemental, avait rendez-vous le 13 juin 2013 avec la cour d’appel de la ville. Rappelons que ce citoyen avait été condamné le 14 février dernier à 10 mois de prison ferme et d’une amende de 1000 Dirhams (Voir nos points précédents). Reporters Sans Frontières (RSF) a publié un communiqué de presse pour le soutenir et condamner l’acharnement sur ce militant qui a osé dénoncer le trafic de « la mafia du cèdre ». Vous trouverez ce communiqué sur la rubrique « Témoignages et Lettres ».

Pour clore ce point, nous vous informons que dans le cadre de sa campagne de parrainage des prisonniers politiques au Maroc, l’ASDHOM se rend à Gap (05) dans le sud-est de la France, le 1er juillet 2013, sur invitation de l’association Solidarité Maroc 05 et le Mouvement de la paix 05. L’occasion pour l’ASDHOM de sensibiliser à cette campagne lors d’une rencontre-débat et de faire le tour des radios locales pour expliquer en quoi consiste le parrainage des détenu-e-s politiques et syndicaux au Maroc.

Pour le bureau exécutif

Ayad Ahram

Président de l’ASDHOM

Paris, le 17 juin 2013


asdhom