Point hebdomadaire n°49 sur la campagne de parrainage des prisonniers politiques et d’opinion au Maroc

Nous entamons avec ce point l’année 2014 et nous espérons que celle-ci sera la moins insupportable pour les victimes de l’injustice qui croupissent dans les geôles marocaines et que nous parrainons dans le cadre de cette campagne de solidarité internationale.

Cette 1ère semaine de l’année était relativement calme en matière de procès et d’arrestations arbitraires. Mais nous craignons, comme dit l’adage, que ce ne soit qu’une accalmie qui précède la tempête. Les chiffres que nous avons annoncés dans le dernier point (n° 48), à l’occasion du bilan de fin d’année 2013, justifient cette crainte. Sur les 261 détenu-e-s politiques et d’opinion recensé-e-s, 183 purgent déjà une peine d’emprisonnement. Les 77 citoyens qui restent, attendent leurs procès soit en prison, soit en liberté provisoire. On y trouve, par exemple, les cinq étudiants, militants de l’UNEM à Meknès, incarcérés depuis le 17 décembre 2012, soit plus d’un an de détention provisoire ; les sept diplômés chômeurs, militants de l’ANDCM à Zayou ; le journaliste Ali Anouzla, poursuivi dans plusieurs affaires, mais dont la prochaine audience devant le juge d’instruction concernant la principale d’entre elles, celle qui touche au « terrorisme », est fixée au 18 février 2014 ; l’avocat Me Mohamed El-Messaoudi, défenseur des droits de l’Homme, poursuivi pour outrage à magistrat ; les deux coordinateurs du mouvement des victimes des dérives du microcrédit à Ouarzazate ; les 34 enseignants, poursuivis à Rabat en liberté pour avoir manifesté leur refus d’être exclus de la promotion qui a bénéficié à leurs collègues ; À ceux-là s’ajoutent plusieurs syndicalistes de la société City-Bus à Fès et ceux de l’OCP à El-Jadida et à Khouribga, les 10 citoyens de Ksiba, arrêtés lors d’un sit-in à Amchad (voir point 48), quelques militants du mouvement 20-Février, ainsi que plusieurs Sahraouis qui attendent en prison d’être jugés.

Ce sont donc là les quelques futurs procès qui vont tomber en cascade en 2014. Nous n’avons pas toutes les dates. Nous vous les donnerons au fur et à mesure et ce point hebdomadaire n’est qu’un avant goût.

Groupe UNEM-Marrakech : Ce groupe est composé de dix personnes. Des étudiants militants de l’UNEM, arrêtés le 15 février 2013 chez eux au quartier Daoudiat à Marrakech après un mouvement de protestation qu’avait connu l’université Kadi Ayyad. Ils écopent des peines allant de 2 à 3 ans de prison ferme. Ce groupe, qui a été réparti sur les prisons de Tiznit (Aziz El-Bour, Mohamed Mouaden), de Safi (Hicham Meskini), d’Essaouira (Mohamed Ahrik), de Kalaât Sraghna (Boujamaâ Jamou), de Ouarzazate (Brahim Najmi, Hamid Zadou, Mohamed Ouakkassi, Hamid Baghdadi, Abdelhaq Talhaoui), observe une grève de la faim depuis le 12 novembre 2013.

À ce groupe s’ajoute Chérif Talhaoui, le frère d’Abdelhaq, qui purge une peine d’un an à la prison Boulamharez de Marrakech après avoir été arrêté à Agadir suite à sa participation au mouvement 20-Février. L’état de santé des grévistes de la faim se détériore de jour en jour sans que les responsables marocaines daignent écouter leurs doléances. L’ASDHOM appelle les autorités marocaines à intervenir pour satisfaire leurs revendications légitimes et leur garantir des conditions humaines comme l’exigent les traités internationaux ainsi que la loi 98/23 qui régit les prisons au Maroc.

Groupe Imider-Mineurs : Après l’enlèvement de Hamid Berka le 28 décembre dernier (voir point 48), un deuxième militant du Mouvement sur la voie 96, Ichou Hamdan, a, à son tour, été enlevé le 30 décembre. Tous les deux sont retenus dans les locaux de la police à Tinghir. Ceci n’a pas empêché la population d’Imider de rester mobilisée. Le 2 janvier 2014, ce sont quelques 3000 citoyens d’Imider qui ont participé à une marche de 40 km pour réclamer leurs droits et condamner l’approche sécuritaire de la société métallurgique d’Imider (SMI) qui exploite les mines d’argent qui ne profitent pas aux habitants de la région. Rappelons qu’un sit-in est organisé sur le mont Alban depuis août 2011 par le Mouvement sur la voie 96 qui coordonne la protestation populaire et qu’un groupe de mineurs, dont des syndicalistes et des défenseurs des droits de l’Homme, purge une peine d’emprisonnement allant de 2 à 4 ans à la prison de Ouarzazate. Ce groupe, composé de Mustapha Ouchtoubane, Mohamed Ouljihad, Karim Lahcen, Laâdad Faska, Omar Taieb et Bennacer Mohamed, est parrainé par les membres de l’association Maroc Solidarités Citoyennes de Grenoble.

Groupe Sahraouis-Tiznit : L’ASDHOM a été interpellée par le prisonnier politique sahraoui, Elhassan Mohamed Lahcen (n° d’écrou 7646), sur sa situation carcérale à la prison locale de Tiznit où il purge une peine de 10 ans depuis juillet 2004. Il dit être maltraité physiquement et psychologiquement par l’administration pénitentiaire qui n’hésite pas à le mettre au cachot et à monter les prisonniers de droit commun contre lui pour se venger de lui et lui faire payer ses opinions concernant le conflit du Sahara Occidental. Sa famille a déjà alerté les autorités marocaines sans que celles-ci interviennent. Cette situation a poussé Mohamed Lahcen à observer une grève ouverte de la faim à partir du 3 janvier 2014. L’ASDHOM rappelle aux autorités marocaines leurs engagements internationaux en matière de respect des droits de l’Homme et que même la loi interne de l’État marocain les oblige à garantir au prisonnier, quel qu’il soit, un minima de conditions humaines de détention.

Groupe Liberté d’expression-Syndicalistes : Le procès du secrétaire régional à Taounate de la Fédération Nationale de l’Education (UMT), Rachid Bakouri, se poursuit. L’AMDH dont il est membre a appelé ses membres à une caravane régionale de solidarité avec lui ce mercredi 8 janvier, jour de son procès. Rappelons qu’il est poursuivi pour avoir dénoncé le clientélisme et l’existence de fonctionnaires fantômes au sein de l’Education nationale. Les autorités locales lui ont collé une autre affaire. Usurpation de la qualité de responsable local de l’AMDH et c’est ce que arguent les autorités qui refusent de délivrer à l’AMDH son récépissé légal.

S’agissant toujours de ce groupe, le journaliste Mustapha El-Hasnaoui qui écope d’une peine de 3 ans et six mois observe une grève de la faim à la prison centrale de Kénitra et ce, depuis le 1er janvier 2014 (voir points précédents). Il dénonce l’injustice et les irrégularités qui ont entaché son procès qu’il considère comme inéquitable. La justice lui reproche des faits de terrorisme. Il a été arrêté à son retour de Turquie où il s’est rendu pour un reportage sur la participation des salafistes marocains aux combats en Syrie. Mustapha El-Hasnaoui demande la révision de son procès.

Groupe Liberté de culte : Jeudi 2 janvier, s’est tenue à la Cour d’appel de Fès une nouvelle audience du procès intenté à Mohamed El-Baldi, ce Marocain de Taounate converti au christianisme il y a sept ans (voir points précédents). Rappelons qu’il avait été condamné en première instance à 30 mois de prison ferme. La Cour d’appel a reporté l’annonce du verdict au 6 février 2014. La justice marocaine lui reproche de faire du prosélytisme et de tenter d’ébranler la foi d’un mineur musulman. Les avocats, une dizaine, et les militants des droits de l’Homme se sont mobilisés pour le soutenir et montrer aux autorités marocaines qu’il y a dans ce pays des citoyens qui sont attachés à la liberté de conscience.

Le bureau exécutif de l’ASDHOM

Paris, le 6 janvier 2014


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