Point n° 63 sur la campagne de parrainage des prisonniers politiques et d’opinion au Maroc

Dans ce point, nous vous proposons une nouvelle mise à jour chiffrée des listes des détenus politiques et d’opinion au Maroc. Le 13 mars dernier, nous avions comptabilisé 288. Aujourd’hui, nous en sommes à 338 au total dont 263 purgent une peine d’emprisonnement et 75 sont poursuivis en liberté provisoire. Figurent parmi les victimes des étudiants de l’UNEM (47), des militants du mouvement 20-Février (26), des Sahraouis (112), des mineurs et paysans (29), des journalistes, des syndicalistes, des avocats et défenseurs des droits de l’Homme (20), des diplômés-chômeurs de l’ANDCM (16), des enseignants (9), des islamistes (21) ou encore des citoyens, jeunes et moins jeunes, ayant participé à des mouvements de protestation populaire comme à Marrakech, Amchad, Mohammedia ou Casablanca (56). Tous ces groupes sont répertoriés dans le site de l’ASDHOM qui leur a dédié une rubrique spéciale depuis le lancement de sa campagne de parrainage en novembre 2012 (www.asdhom.org).

Des points sont régulièrement faits pour tenir informer les parrains et marraines et pour sensibiliser autour de ce devoir de solidarité envers les victimes de l’arbitraire et de l’injustice qui prévalent au Maroc. Nous constatons malheureusement que les chiffres de la détention politique augmentent d’année en année. Nous sommes passés de 172 au lancement de la campagne à 338 au jour d’aujourd’hui. Les autorités marocaines ne reconnaissent, bien évidemment, pas le statut de prisonnier politique ou d’opinion à ces victimes pour ne pas se mettre en porte-à-faux par rapport à son discours officiel en termes de respect des libertés et des droits de l’Homme. Les chefs d’accusation sont généralement choisis de telle façon à ce que les procès intentés n’aient pas un caractère politique. Les prévenus sont souvent accusés de violences contres les agents de l’État, de rassemblements non autorisés ou armés, de destruction de biens publics, de trafic de drogue, d’entrave à la liberté de travail, etc.

Le dernier procès du jeune rappeur Mouad Belghouat, connu sous le nom de scène Elhaqed, ne déroge pas à cette règle. Il a été arrêté le 18 mai alors qu’il comptait assister à un match de foot à Casablanca, officiellement pour « vente de tickets au marché noir et état d’ivresse ». Il a été finalement condamné le 1er juillet 2014 à 4 mois de prison ferme et 10000 dirhams d’amende pour « agression sur des membres des forces de l’ordre ». Mouad a déjà été condamné à 4 mois de prison en 2011 pour « coups et blessures » et à un an de prison en mars 2012 pour « outrage à la police ». Tout le monde sait que c’est son rap qui dérange. Les autorités marocaines veulent lui faire payer son implication active dans le mouvement 20-Février.

Nous pouvons continuer ainsi les exemples indéfiniment. Nous vous laissons juger de vous-même en vous apportant ces quelques informations (chronologie des arrestations et procès de deux mois) qui nous arrivent du Maroc et que nous résumons ci-dessous.    

6 mai : La Cour d’appel de Ouarzazate condamne le syndicaliste Hamid Majdi à 1 an de prison ferme et 500 dirhams d’amende. Ses camarades Omar Oubouhou et Boussalham Nasri ont écopé, eux, de 6 mois de prison ferme et de 500 dirhams d’amende. Ils avaient été pourtant innocentés en 1ère instance.

22 mai : Hamid Majdi est convoqué une nouvelle fois devant le tribunal de Ouarzazate en compagnie de son camarade du syndicat CDT, Mohamed Moudoud, pour entrave au travail (article 288)

4 juin : Arrêtés le 24 mai devant la prison de la ville de Mohammedia où ils filmaient des scènes dans le cadre d’un projet sur le phénomène étranger à la société marocaine dit «Tcharmil », 14 jeunes ont été présentés devant le juge.

5 juin : Le tribunal de Laâyoune a condamné deux militants sahraouis, Moujahid Miyara et Hajoub Khattari, respectivement à 5 ans et  un an de prison ferme pour avoir participé en avril 2014 à des manifestations appelant à l’autodétermination au Sahara Occidental.  

14 juin : Des habitants du bidonville «  Carrières centrales » de Casablanca avaient été arrêtés au début du mois après s’être opposés à une opération de démolition de leurs logements. 18 d’entre eux ont été condamnés à des peines de 2 à 4 mois pour« atteinte à fonctionnaires dans l’exercice de leurs fonctions », « coups et blessures » et « manifestation non autorisée ».

17 juin : Après un an de détention préventive, Ali Guach, un jeune sahraoui,  est condamné par le tribunal d’Agadir à 4 ans de prison ferme. Il avait été arrêté le 16 juin 2013 à Guelmim suite à sa participation aux manifestations du 26 février 2008 à Tantan et placé en prison d’Ait Melloul avec le groupe de Yahya Mohamed Hafed Izza qui est composé de 17 prisonniers politiques sahraouis, tous condamnés à des peines allant de 4 à 15 ans.

18 juin : Le tribunal de Laâyoune a reporté au 2 juillet le procès de Abdelmoutaleb Sarir, de Mohamed Babar et d’Aliïne Moussaoui. Même dossier que Abdessalam Loumadi qui a écopé de 10 mois de prison ferme pour « participation à un rassemblement armé, agression contre agents de police, constitution de bande criminelle, etc. » et dont le procès en appel a été reporté au 8 août 2014.

18 juin : La militante de l’UNEM-Taza, Saida Bouzafour, poursuivie en liberté, a été présentée devant le juge d’instruction près du tribunal de première instance de Taza. Aucune date n’a été fixée pour son procès.

24 juin : À Fès, 11 militants de l’UNEM (Abdennabi Chaoul, Abdelouahab Ramadi, Hicham Boulaft, Mustapha Chaoul, Yassine Lamsih, Zakaria Manhich, Abderrazak Aârab, Omar Taybi, Oussama Zantar, Belkacem Benâzza, Mohamed Ghalout) ont été présentés au tribunal en état d’arrestation et sous haute surveillance. Leur procès est fixé au 5 août 2014. Ce groupe d’étudiants qui se trouvent à la prison Ain Kadous de Fès a mené une grève de la faim d’une semaine à partir du 7 juin pour dénoncer les conditions de détention.

26 juin : Le même tribunal de Fès a reporté au 3 juillet 2014 le procès en appel d’un autre groupe de douze militants de l’UNEM-Fès qui, eux, ont été libérés provisoirement le 12 juin.

2 juillet : Le jeune sahraoui, Al-Hussein Abah, a été condamné à huis-clos par le tribunal de Laâyoune à 5 mois de prison ferme. Ayant passé plus de 5 mois en détention préventive, il a donc été libéré. Cinq autres Sahraouis (Mohamed Ali Saâdi, Youssef Bouzid, Mohamed Garnit, Yassine Sidati et Aziz Hramech), poursuivis dans le même dossier, mais laissés en liberté, ont vu leur procès reporter au 10 septembre 2014. Ils avaient tous fait cinq mois de détention préventive.

4 juillet : Nous apprenons l’enlèvement à Laâyoune du blogueur et journaliste sahraoui Mahmoud Elhaissan. Sa famille qui s’est rendue au commissariat de la ville reste sans nouvelles de lui et craint sur sa sécurité. Mahmoud est aussi membre de la coordination Gdeim Izik.

A côtés de ces arrestations et procès, nous recevons également quelques bonnes nouvelles. Quelques libérations en ce mois de juin comme celle des Sahraouis Omar Laâouissid et Bachir Bouâmoud, survenue le 9 juin, ou celle des défenseurs des droits de l’Homme Hind Bharti et Mohamed Dyan, survenue le 16 juin. Il y a eu aussi la libération provisoire des onze jeunes, dit groupe du 6 avril et enfin la libération des cinq militants de l’UNEM qui étaient incarcérés à la prison Aouad de Kénitra

Bureau exécutif de l’ASDHOM

Paris, le 5 juillet 2014


asdhom